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7.2 3 Quelques techniques sémantiques.

A part les techniques structurelles certains éléments de la sémantique du texte sont particulièrement intéressants du point de vue de sa rhétorique.

Jeux de mots:

Tout jeu de mots dépend d'une ambiguïté textuelle. L'ambivalence des lexèmes, une ouverture syntactique à la polysémie ou une ouverture créée par le contexte la situation du discours sont les sources d'où jaillissent les jeux de mots. Il y a deux sortes d'ambiguïté de lexème qui permettent les jeux de mots, en langue biblique comme en français, la polysémie (grillage 1. Treillis souvent anti vol, 2. Action de griller) et l'homonymie (ceint, sain, sein, seing).
Es 11.4 fournit un exemple par quasi homonymie:

וְשָׁפַט בְּצֶדֶק דַּלִּים
  "Il jugera les faibles avec justice,
וְהוֹכִיחַ בְּמִישׁוֹר לְעַנְוֵי־אָרֶץ
    il se prononcera dans l'équité envers les pauvres du pays
וְהִכָּה־אֶרֶץ בְּשֵׁבֶט פִּיו
    il frappera la terre avec le bâton de sa bouche,
וּבְרוּחַ שְׂפָתָיו יָמִית רָשָׁע
    du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant."
Le jeu de mots entre shapat = justice, shebet = baton et sepat = lèvres unifie le verset.

Le texte de Jb 7.6 présente un jeu possible par polysémie:/173

יָמַי קַלּוּ מִנִּי־אָרֶג
   Mes jours ont couru, plus vite que la navette,
וַיִּכְלוּ בְּאֶפֶס תִּקְוָה
    ils ont cessé, sans espérance. (ou à bout de fil)

Tout comme la navette court vite en tissant de l'étoffe mais cesse quand elle arrive au bout de fil, la vie humaine, selon Job, passe vite et au bout on est sans espoir semblablement au tisseur sans fil. Le double sens du dernier mot entre en jeu exprimant et renforçant le message du texte.

Les textes prophétiques sont riches en jeux de mots. Osée utilise le nom Ephraïm pour deux jeux opposés. En 8.9 (cf. 13.15):

          כִּי־הֵמָּה עָלוּ אַשּׁוּר
  Quand il est monté vers l'Assour
פֶּרֶא בּוֹדֵד לוֹ
    onagre livré à lui seul
אֶפְרַיִם הִתְנוּ אֲהָבִים
    Ephraïm s'est acheté des amants

Un rapport est fait entre le nom et le mot פֶּרֶא ’onagre’ soulignant comment Ephraïm ne veut pas la correction du SEIGNEUR; mais par contraste en 9.16 (cf. 14.9):

הֻכָּה אֶפְרַיִם
   Ephraïm a été frappé, 
שָׁרְשָׁם יָבֵשׁ
 

  leur racine est desséchée,

פְּרִי בְלִי־יַעֲשׂוּן
    de fruit, ils n'en donneront point.
גַּם כִּי יֵלֵדוּן
   Même s'ils enfantent,
         וְהֵמַתִּי מַחֲמַדֵּי בִטְנָם
    je ferai mourir le trésor de leurs ventres.

le jeu est entre Ephraïm et ’fruit’; cependant le sens est toujours négatif comme le témoigne l'autre jeu entre wehemattî et mahamaddê ’faire mourir’ et ’le trésor, la chose désirée’.

Certains de leurs oracles semblent avoir leur inspiration dans un calembour. Tel est le cas de Am 8.1ss., la quasi homonymie entre קָיִץ ’fruit’ et קֵץ ’fin’ (v.2) semble être la source du message (ou au moins de sa forme) cf. Jr 1.11-12.

Parfois on trouve ensemble deux mots de son semblable ainsi ils se renforcent en quelque sorte: en Jr 46.23 le répétition sonore dans רַבּוּ מֵ‍אַרְבֶּה (rabbu me'aribbeh) "plus nombreux que les sauterelles" rend cette expression plus efficace pour exprimer la grandeur du nombre que l'expression הִתְכַּבְּדִי כָּ‍אַרְבֶּה (hitikkabbidi ka'aribbeh) "nombreux comme les sauterelles" en Na 3.15. Semblablement dans Pr 13.20 où le premier stique répète tout simplement la racine חכם tandis que le deuxième fait écho de רעה "fréquenter" par ירוע "s'en trouver mal" rend ainsi plus aigu son point:

הָלוֹךְ אֶת־חֲכָמִים יֶחְכָּם וַחֲכָם
  Qui chemine avec les sages sera sage 
  וְרֹעֶה כְסִילִים יֵרוֹעַ
   qui fréquente les sots s'en trouvera mal!

Souvent les jeux de mots sont faits autour des noms (comme dans le cas d'Ephraim déjà mentionné). Moise ibn Ezra, au milieu du douzième siècle, a noté entre autres le cas frappant de Mi 1.10-15 d'où il a donné trois exemples./174

Antithèse:

L'antithèse opère souvent au niveau des stiques formant donc un parallélisme antithétique (voir ch 3). L'opposition ainsi créée peut opérer ensemble avec des techniques structurelles telles celles présentées dans la section précédente. Dans les Proverbes l'antithèse exprimée en forme chiastique n'est pas rare. Pr 12.20:

La fausseté dans le coeur des artisans du mal,
mais pour les conseillers de bonheur de joie.

L'antithèse est aussi parfois soutenue par une technique dont nous n'avons pas encore parlé, l'équilibre des genres. Voir Pr 15.6:

m
m
חֹסֶן רָב 
צַדִּיק
בֵּית

la maison du juste [est] un grand résor,
 

f
נֶעְכָּרֶת
רָשָׁע/175
וּבִתְבוּאַת
mais le revenu du méchant [est] une source de troubles

Fig. 52 Pleureuses

Ironie:

L'antithèse est une opposition de pensées à l'intérieur des mots du texte. L'ironie consiste en l'opposition entre les mots et le sens compris par le lecteur. (Ou dans le cas de ce qu'on appelle l'ironie dramatique entre ce que le personnage pense et la réalité textuelle.) L'ironie est une manière de se moquer d'une idée exprimée.

L'ironie renverse ou nie le sens clair des phrases, un lecteur donc qui ne le reconnaît pas comprendra totalement mal. En fait une définition de l'ironie qui aide à sa récognition est: quand le sens clair d'un texte est absurde (et non pas à cause de la présence de métaphore), mais qu'on peut comprendre le revers du sens clair, ce texte est ironique. (Voir p.ex. Am 4.4-5.) Parfois on trouve d'autres indications dans le texte: Jr 9.16-17:

כֹּה אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת
  Ainsi parle le SEIGNEUR le tout puissant: 
הִתְבּוֹנְנוּ וְקִרְאוּ לַמְקוֹנְנוֹת
  Pensez! Criez pour les pleureuses!
וּתְבוֹאֶינָה
  Qu'elles viennent!
וְאֶל־הַחֲכָמוֹת שִׁלְחוּ וְתָבוֹאנָה
  Appelez les expertes! Qu'elles viennent!
וּתְמַהֵרְנָה
  Qu'elles se hâtent!
וְתִשֶּׂנָה עָלֵינוּ נֶהִי
  Que sur nous s'élève leur plainte!
וְתֵרַדְנָה עֵינֵינוּ דִּמְעָה
  Que nos yeux se fondent en larmes!
וְעַפְעַפֵּינוּ יִזְּלוּ־מָיִם
  Que nos paupières ruissellent!

Ici l'ironie est signalée par le fait que tout en demandant "qu'elles se hâtent" le texte est plein de longs mots et de répétitions qui font tarder le lecteur!

L'ironie qui tend au sarcasme est fréquent chez les prophètes (ex.: Am 4.1ss.) et dans le débat de Job (ex.: Jb 12.2). En général en raison de leurs fonctions respectives l'ironie est plus fréquente dans certains livres et moins dans d'autres, elle est donc plus trouvée chez les prophètes et moins présente dans les Psaumes.

Parfois l'ironie est ouvertement faite par un contraste dans le texte, le cas très bref, mais dans un texte très soigné, de Mi 2.6 est typique:

אַל־תַּטִּפוּ יַטִּיפוּן לֹא־יַטִּפוּ לָאֵלֶּה לֹא יִסַּג כְּלִמּוֹת
Ne délirez pas, délirent ils; on ne doit pas délirer de la sorte.

L'usage du même mot pour ceux qui interdisent et pour ce qu'ils interdisent crée le contraste tout en utilisant une répétition! Ainsi l'ironie est signallée.

Le récit de la mort de Siséra en prose en Juges 4 et en poésie en ch 5 est plein de l'ironie dite dramatique ou narrative. A titre d'exemple, dans le poème, le lecteur, qui sait (5.26) que Siséra est mort par une femme qui lui "broya la tête", ne peut lire 5.28-30 sans reconnaître l'ironie: sa mère penchée par la fenêtre l'attend impatiemment, il est tardif, où est il se demande t elle "la plus sage des princesses" répond entre autre que sans doute les soldats sont occupés par "une captive, deux captives par tête de guerrier".

Fig. 53 Dieu invite dans Ps 23.5

Hyperbole et litote:

L'hyperbole est une exagération faite pour un but rhétorique. La litote est son antonyme quand on dit moins que ce que l'on veut exprimer. Dans les cultures de l'a.p o. il était habituel de présenter les grands (dieux, rois) comme plus larges que les autres, et dans les cultures iconiques de les imager de cette manière. L'hyperbole est donc fréquente dans la littérature biblique. La litote est rare dans ces cultures (mais assez répandue dans la culture anglaise de l'auteur de ce manuel). Caird/176 cite Gn 18.4 comme un de ces rares cas: "un peu d'eau מְעַט־מַיִם pour vous laver les pieds". Am 4.4-5 est intéressant car ici litote et hyperbole travaillent ensemble:

"Venez à Béthel et révoltez vous,
au Guilgal et multipliez vos révoltes,
offrez chaque matin vos sacrifices,
chaque trois jours vos dîmes, ...
car c'est ainsi que vous aimez, fils d'Israël!"

La parole ouvre par une sorte d'antinomie (oxymoron) car aller au lieu de culte du SEIGNEUR est la fidélité à lui et pas la révolte. Après ce signe que tout n'est pas ce qu'il semble l'hyperbole commence; les sacrifices annuels, offrez les chaque matin; les dîmes trisannuelles, donnez les chaque trois jours! A la fin de la parole intervient une quasi litote. On attend une raison pour les impératifs précédents fondée dans la nature divine ou dans ce qui plaira au SEIGNEUR, on entend une raison basée seulement sur les désirs humains. C'est une sorte de litote, mais un "dire moins" qui opérant ensemble avec le "dire plus" qui précède condamne avec éloquence les auditeurs.

L'hyperbole est souvent liée au langage figuré. Les comparaisons sont aptes à devenir hyperboliques, et la comparaison hyperbolique apte à devenir banale. Dire qu'une chose est "aussi nombreuse que la poussière [que le sable]" est un cas bien connu d'hyperbole clichée biblique (poussière: Gn 13:16; 28:14; 2 Ch 1.9 etc. et sable: Gn 22.17; 41.49; Jos 11.4; Jg 7.12 etc.). Par sa banalité elle devient parfois ridicule Ps 78:27: "Il fit pleuvoir sur eux de la viande, abondante comme la poussière"; néanmoins, entre les mains d'un poète doué la banalité peut vivre encore Jb 6.2 3:

Si l'on parvenait à peser ma hargne,
si l'on amassait ma détresse sur une balance!
Mais elles l'emportent déjà sur le sable des mers.

Ces lignes réussissent pour deux raisons, la comparaison n'est pas l'usuelle "aussi nombreux que..." mais avec le poids de tout le sable des mers, mais aussi la deuxième ligne excède la première, sans atteindre une conclusion et donc ils attendent une exagération culminant dans le troisième. Ici l'inouï, ensemble avec la préparation, rendent la banalité nouvelle et efficace dans ce texte.

Paires de mots:

Un aspect très marqué de la poésie hébraïque avec son parallélisme sémantique est la présence des paires conventionnelles de mots. Les paires trouvées dans les textes poétiques travaillent souvent ensemble aussi dans les textes prosaïques. On distingue de telles paires de mots dans d'autres langues sémitiques, souvent utilisant des mots avec le même son et le même sens qu'une paire en hébreu, ainsi on peut reconnaitre combien stable elles étaient. Leur existence a rendu plus facile la tâche des poètes, surtout pour des compositions spontanées. Trois règles nous permettent de reconnaître quand deux mots font une telle paire:/177

  1. Tous les deux doivent appartenir à la même classe grammaticale (verbe, substantif...).
  2. Ils se trouvent dans des stiques en parallèle.
  3. On possède plusieurs exemples des deux mots utilisés ensemble (pour démontrer la conventionnalité).

Un exemple est la paire שׂמח/גּיל tous deux sont des verbes indiquant "être joyeux" (critère 1); les éléments de la paire se trouvent dans des stiques en parallèle: Ps 32.11; 48.12; 97.1,8; Pr 23.24,25; Es 9.2 (critère 2); et la paire est assez fréquente: on peut ajouter à la liste précédente d'autres versets ou ils se trouvent ensemble Ps 14.7 = 53.7; 16.9; 96.11; Os 9.1; Ha 1.15 (critère 3). Pour cette paire il est aussi intéressant de noter qu'on peut la trouver dans les textes ugaritiques: K II i 15, ii 37:

"Nous nous réjouissons notre Père pour ta vie,
nous crions de joie pour ton immortalité."

La présence du deuxième membre d'une telle paire peut influencer la compréhension de l'ensemble, il le fera par une restriction du champ sémantique possible. Tout seul le mot "père" peut indiquer ADULTE (par contraste avec enfant), ou MALE (par contraste avec femelle), mais il peut aussi indiquer PARENT; dans un parallélisme où il est en paire avec un autre mot le champ sera restreint Pr 10.1:

Un fils sage réjouis son père,
un fils insensé chagrine sa mère.

La présence de mère en parallélisme avec père indique que "père" ici travaille dans le champ PARENT. Cf. Ez 18.2:

Les pères ont mangé du raisin vert
et les dents des fils ont été agacées.

Dans ce cas le deuxième membre de la paire indique que c'est le champ GENERATION qui est en vue.
Les membres de certaines paires sont en corrélation indiquant par exemple une progression:

planter זרע manger זרע (Es 55.10)
la maison בַּיִת le lieu de repos מְנוּחָה (Es 66.1)

Parfois une paire est répétitive Jr 2.9:

Aussi vais je encore plaider contre vous,
oracle du SEIGNEUR
et plaider contre les fils de vos fils.

On trouve aussi des répétitions augmentées, ou la répétition est nuancée par l'addition d'un qualificatif Ps 29.5:

קוֹל יְהוָה שֹׁבֵר אֲרָזִים
la voix du SEIGNEUR casse les cèdres

וַיְשַׁבֵּר יְהוָה אֶת־אַרְזֵי הַלְּבָנוֹן
il fracasse, le SEIGNEUR, les cèdres du Liban.

Fig. 54 Le dieu d'orages

Souvent on peut voir des raisons métriques pour la présence du qualificatif, comme dans ce cas: le changement de "la voix du SEIGNEUR" (deux mots en hébreu) à (un mot) "le SEIGNEUR" comme sujet aurait réduit le deuxième stique à trois termes, on évite ceci par le changement de "les cèdres" à "les cèdres du Liban". Ainsi maintient-on l'equilibre.

Des paires épithétiques sont souvent un cas semblable 2 S 20.2:

Nous n'avons pas de part avec David.
Nous n'avons pas d'héritage avec le fils de Jessé.

Car l'épithète "fils de tel" est normal dans des textes légaux, et donc semble presque une façon de formuler la personne en deux mots au lieu d'un. Mais il y a des cas avec d'autres épithètes (surtout pour des dieux) Ps 84.2-3:

Comme elles sont aimées tes demeures, SEIGNEUR tout puissant!
Je languis à rendre l'âme après les parvis du SEIGNEUR.
Mon coeur et ma chair crient vers le Dieu vivant.

cf. un texte d'Ougarit, B IV ii 4-5:

)en b(l bbhtht
il n'est pas, Baal dans son temple,

)el hd bqrb hklh
El Hadad au milieu de son palais

Voici deux exemples d'usage des paires de mots comme élément central pour la construction de la poésie./178. D'abord une poésie qui contient à presque chaque distique des paires qui ont l'air d'être conventionnelles, Ps 54:

 

Dieu, sauve moi par ton nom;
par ta bravoure, défend moi.
     Jr 10.6; 16.21; Ps 106,8  

O Dieu, écoute ma prière,
prête l'oreille aux paroles de ma bouche.

    Gn 4.23; Dt 32.1; Ps 39.13  

Car des étrangers m'ont attaqué

    Es 25.5; 29.5; Ez 28.7  

et des tyrans en veulent de ma vie.
Ils n'ont pas tenu compte de Dieu.

    1 S 25.29; Ps 86.14; Ct 3.2  
Voici, Dieu est mon aide,     Ps 68.18,33  
Mon Seigneur est mon seul appui.
    Es 63.5; 2 Ch 32.8  
Qu'il rend le mal à ceux qui m'espionnent!
Par ta fidélité, extermine les.
    Ps 94.23
Pr 14.22; 16.6; Es 59.15
 

De bon coeur je t'offrirai des sacrifices;
Seigneur, je célébrerai ton nom car il est bon:
Il m'a délivré de tous mes adversaires,
et je toise mes ennemis.

   


Ps 52.11; 92.2
Ps 138.7; Jr 15.11
Gn 32.30; Dt 23.14

 

et Es 40.28 31 où une paire de mots est souvent répétée, et amène aussi de ces synonymes ainsi renforçant le thème:

Ne sais tu pas,
n'as tu pas entendu?

Le SEIGNEUR, le Dieu de toujours, A
il crée les extrémités de la terre.

Il ne faiblit pas,
il ne se fatigue pas;
nul moyen de sonder son intelligence.

il donne de l'énergie au faible, B
il amplifie l'endurance de qui est sans forces.

Ils faiblissent, les jeunes, ils se fatiguent, C
même les hommes d'élite trébuchent bel et bien!

Mais ceux qui espèrent dans le SEIGNEUR
retrempent leur énergie: B'
ils prennent de l'envergure comme des aigles.

Ils s'élancent et ne se fatiguent pas, A'
ils avancent et ne faiblissent pas!

Ainsi cette exemple nous amène à notre prochain sujet.

Fig. 55 Le potier cf. Jr 18.1-12

Mots clefs (Leitworte):

On doit à Martin Buber la compréhension de l'importance des mots clefs dans la rhétorique biblique et le néologisme Leitwort par comparaison avec Leitmotif. L'expression décrit un mot ou racine qui revient et qui par son importance thématique aide l'unité du texte (voir "répétition" supra). Ce phénomène a déjà été traité en passant, pour le mot שׁוב dans Jr 31.15-22 (dans la section 7.21), le cas de Es 40.28-31 que nous venons de présenter fournit aussi un bon exemple.

En fait plus fréquent qu'un mot clef, on trouve un champ sémantique qui se répète et qui est la clef du texte. En ce cas il serait peut être mieux de revenir et de parler de Leitmotif que de Leitworte. Nos deux textes exem-plaires pour ce chapitre, Ps 90 et Os 2 sont particulièrement aptes pour démontrer cette notion et donc on ne fournira pas d'autres exemples ici.

Précision retardée:

Le suspens, et donc l'intérêt du lecteur, est maintenu entre autre techniques, par la retardation d'identification. C'est-à-dire l'identification du sujet des verbes n'est pas faite au début mais l'auteur la garde pour la fin de la phrase, ou du récit.
Un fameux cas serait la lutte de Jacob avec "un homme" (Gn 32.25), lors de son passage du Yabboq. Jacob et le lecteur apprennent au même moment qu'en fait le patriarche a lutté avec son Dieu (Gn 32.29)! La parabole de Nathan utilise, dans un certain sens, cette technique (2 S 12.1ss. sauf en fait qu'ici l'identification est externe au récit).

Michée 6 fournit deux exemples, au niveau de phrase, versets 5 et 8. Toute cette section contribue à mettre le lecteur en suspens, généralement par des questions qui demandent une réponse mais qui n'en trouvent que des fausses v.3-4:
   Mon peuple, que t'ai je fait?
   En quoi t'ai je fatigué? Réponds moi.
   En te faisant monter du pays d'Egypte?
   En te rachetant de la maison de servitude?
   En t'envoyant comme guides Moïse, Aaron et Miryam?

Après cette série intervient le v. 5:
  Mon peuple, rappelle toi donc
   ce que tramait Balaq, roi de Moab,
   ce que lui répondit Balaam, fils de Béor,
   le passage de Shittim à Guilgal,
   et tu reconnaîtras alors les victoires du SEIGNEUR.
Qui nous fait attendre la fin pour son contenu. Le verset 6 pose des questions qui en verset 7 deviennent ridicules sans recevoir une réponse. Le verset 8 donne la réponse, mais pas au début, ici aussi il nous faut attendre la fin pour la connaître:
   On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien,
   ce que le SEIGNEUR exige de toi:
   Rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité,
   et t'appliquer à marcher avec ton Dieu.

Questions et questions rhétoriques:

Dans cet exemple de Michée nous avons constaté une manière dont les vraies questions peuvent servir pour des buts rhétoriques, il existe aussi des phrases en forme de questions qui ne sont pas à la recherche d'information et n'attendent pas de réponses, on appelle ces phrases "questions rhétoriques". Entre ces deux sortes de questions se situent les questions pédagogiques./179 Il en est de même pour la plupart des questions du professeur en classe, elles demandent une réponse mais elles ne cherchent pas une information, car l'auteur prévoit déjà une seule réponse.

Les questions pédagogiques sont surtout trouvées dans le livre de Psaumes (p.ex. 8.4ss.; 24.3ss.; 25.12; 34.12 15; 116.ss.). Parfois elles tendent à s'assimiler aux questions rhétoriques Ps 50.16-17:
   Dieu dit à l'impie:
   Pourquoi réciter mes commandements et avoir mon alliance à la bouche?
   Car tu détestes la correction et rejettes mes paroles.
aussi Pr 20.9. Surtout quand la fonction est de faire reconnaître ses limites il est difficile de distinguer nettement entre la question rhétorique et la question pédagogique (Pr 20.24; 30.4).

Les questions rhétoriques sont très utilisées par les prophètes, en raison de leur but polémique. Souvent elles viennent en série (en Es 66.7-9 une série de huit) comme aussi dans le livre de Job. Le livre de Jérémie présente typiquement une série de trois (p.ex. Jr 2.14). Chez les prophètes le but est souvent explicité tel est le cas de Es 49.15.

Prochaine section: 7.2 4 Langage figuré


Ce manuel a été rédigé par le Dr Tim Bulkeley à l'intention des étudiants africains de théologie de l'Université protestante du Congo. Il est mis en forme électronique hypertexte par lui en 2003-4.

Toute partie de cet ouvrage peut être copiée par quelque moyen que ce soit, à la seule condition de retenir cette mention intacte sur chaque page.

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